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Le Marathon Peter Dawson » (2)

Première partie
Deuxième partie (Vous êtes ici)


Par Paul Foisy

Le deuxième marathon Peter Dawson

En 1931, les huit étapes de la compétition, se déroulant du 2 au 9 août, sont les suivantes : Montréal, Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Thetford Mines, Québec, Sainte-Anne-de-la-Pérade, Trois-Rivières et Joliette. La dernière épreuve de la course se déroule à l’intérieur du Stade Delorimier, à Montréal, où les coureurs devront franchir la distance réglementaire d’un marathon, soit 42,2 km. Comme en 1930, les participants se partagent une cagnotte de 10 000$, une somme assez importante à l’époque.

Parmi les nombreux officiels de la compétition, mentionnons la présence d’Édouard Fabre qui occupe la fonction d’arbitre en chef. Afin de compter sur l’étroite collaboration des municipalités visitées, le promoteur Armand Vincent propose aux différents maires la fonction de juges et préposés au départ.

Vincent requiert également les services du boxeur norvégien Peter Sanstol à titre de préposé au départ officiel. Un solide lien d’affaires semble lier les deux comparses : au cours des quelques mois précédant le marathon, Vincent organise trois combats impliquant le champion norvégien. Le 20 mai, Sanstol remporte la victoire sur Archie Bell pour s’assurer du titre mondial chez les poids coq. À cette époque, le titre est vacant et le combat est reconnu par les autorités canadiennes en cette matière. Par la suite, le 17 juin, il défend son titre contre le Canadien français Arthur Giroux Jr et il remporte encore une fois la victoire. Puis le 29 juillet, il inscrit une nouvelle victoire à sa fiche lorsqu’il affronte le Français Eugène Huat.

Le périple du boxeur Sanstol, à titre de préposé au départ, fait partie d’un plan de mise en marché bien orchestré par Vincent. Alors que les journées filent et que le début du marathon approche, les pages sportives de La Presse publient des encadrés présentant les coureurs de cette grande épreuve d’endurance. Il va s’en dire que ces publicités vantent également les qualités du Peter Dawson Special Whisky. À titre d’exemple, dans l’édition du 24 juillet, il est question de Johnny Salo, un coureur surnommé l’homme de fer, suite à sa victoire lors de la randonnée transcontinentale Los Angeles-New York, tenue au cours de l’année 1929. « Pas facile à battre » ce Johnny Salo ? Tout comme « ce fameux mélange des meilleurs malts et whisky de grain d’Écosse. Ce whisky de qualité exceptionnelle, doux et moelleux… gagnera votre immédiate approbation ».

Les forces en présence

Quelques jours avant le signal du départ, plus de 17 formations sont inscrites à la compétition. Quatre de ces équipes sont entièrement québécoises, mais aucune d’entre elles ne figure parmi les favorites. D’autres Canadiens sont en lice et ils composent sept équipes de plus grande envergure. Deux de ces formations sont complètement canadiennes et les cinq autres sont mixtes. Parmi elles, soulignons la présence de l’équipe no 15, formée du Finlandais Wanttinen et de son équipier montréalais Frank Hoey. Ce dernier est en grande forme, car l’hiver précédent, il remporte les honneurs du Marathon de raquette Usher’s Green Stripe.

En plus des Canadiens, les autres participants proviennent de différents pays, ce qui donne un caractère international à cette prestigieuse compétition de 500 milles. Pour la plupart, il s’agit de coureurs confirmés s’étant signalés lors de grandes épreuves.
Bien que les experts désignent l’équipe Wanttinen-Hoey comme une des favorites, deux autres formations attirent l’attention. Le duo formé de l’Afro-américain Eddie Gardner et de l’homme de fer Johnny Salo semble redoutable.

À trois jours du départ, c’est finalement la formation Arthur Newton-Peter Gavuzzi qui est désignée comme étant la favorite. Newton, âgé de 47 ans est reconnu pour sa grande endurance. Chez les amateurs, il détient tous les records de courses de 29 à 100 milles. En 1930, il remporte le premier marathon Peter Dawson en compagnie de son équipier Gavuzzi. Ce dernier, né à Southampton, Angleterre, s’est distingué lors de la course transcontinentale (1929) en terminant à moins de trois minutes du vainqueur Salo.

Quelques jours avant le départ, le docteur Max Wiseman, médecin en chef de la Commission Athlétique de Montréal, examine les coureurs afin de constater leur bonne forme physique. Selon l’usage du temps, le médecin vérifie la pression du sang, les battements du cœur, etc. Au terme de l’exercice, deux équipes échouent à cet examen et se voient refuser la participation au marathon.

On court en direction de Saint-Hyacinthe

Le 2 août au matin, une grande foule est présente au Parc Jeanne-Mance, afin d’assister au départ de l’épreuve. À midi, le maire Camilien Houde donne le signal aux seize coureurs qui s’élancent sous un tonnerre d’applaudissements : « L’avenue du Parc et la rue Sherbrooke donnaient un peu l’aspect d’un jour de S.-Jean-Baptiste avec leurs échelonnements de rangs humains massés sur les trottoirs et les balcons pour voir défiler ceux qui vont porter les couleurs de la Distillers Corporation à travers la province de Québec », note le rédacteur de La Presse, du lendemain. La foule est grande et à certains moments, la circulation automobile entrave les coureurs : une interminable procession de véhicules suit la caravane du marathon et la traversée du pont du Havre (Jacques-Cartier) est périlleuse pour les équipes qui traînent à l’arrière.

Après avoir franchi le fleuve Saint-Laurent, le défilé se dirige vers Chambly, prend la direction de Saint-Hilaire et finalement s’engage vers Saint-Hyacinthe. Dans la première partie de la course, le vent souffle avec force, mais après un certain temps, la température devient plus clémente pour les coureurs. Ceux-ci se donnent le relais à tous les dix milles (16 km).

Lorsque les premiers concurrents aperçoivent les grandes tours de CKAC situées à Saint-Hyacinthe, il ne reste que huit milles (12,8 km) à l’étape. On profite de l’occasion pour effectuer un relais. L’équipe favorite, formée du duo Newton-Gavuzzi est en tête. Jokela, talonne le petit Italien et prend enfin les devants par plus de 300 pieds. À quatre milles de l’arrivée, l’Américain Joie Ray, détenteur du record mondial du mille sur piste, s’empare de la première position.

Après avoir dépassé les tours de CKAC, les coureurs se dirigent vers le centre-ville en passant sous la Porte des Anciens Maires. Les Maskoutains, curieux de voir ces athlètes de grande renommée, sont rassemblés le long de la rue Girouard. Dès qu’on aperçoit le premier concurrent, la foule l’acclame. Finalement, face au Parc Dessaulles, Joie Ray franchit le poteau d’arrivée. « Ray et McNamara entrent en grands vainqueurs à S. Hyacinthe, salués bruyamment par une foule sympathique entre toutes. », souligne le journaliste de La Presse.

Cette première étape de 48 milles (76.8km) est franchie par l’équipe gagnante dans un temps de 5 heures et 5 minutes. Le duo Fager-Jokela termine en deuxième position, une minute et quinze secondes après les gagnants. Puis en troisième place les favoris de l’épreuve, l’équipe Newton-Gavuzzi, concède 3 minutes et 18 secondes. Si les premières équipes donnent tout un spectacle de course, quelques autres éprouvent beaucoup de difficulté. Il en va ainsi des trois dernières équipes qui se présentent au fil d’arrivée dans des temps de près de sept heures! Il faut un grand courage pour participer à de telles épreuves.

Tous les participants et les gens formant la caravane du marathon sont logés au Grand Hôtel. En soirée, le boxeur Stanstol fait son arrivée au quartier général et il est accueilli cordialement par les journalistes et les officiels.

Temps des 5 premières équipes après 1 étape

Ray-McNamara : 5 :05 :45
Fager-Jokela : 5 :07 :00
Newton-Gavuzzi : 5 :09 :03
Richman-Desroches : 5 :34 :00
Hoey-Wattinen : 5 :39 :27

À suivre…

Photo 1: collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.
Photo 2 : Peter Gavuzzi. Source: http://www.eyes-and-ears.co.uk/pennine/details.asp?Title=The%20Englishman%20Who%20Ran%20across%20America


19 août 2011


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