Le Circuit du Mont-Tremblant Par Daniel Cyr >>
Un cahier d’histoire sur le baseball Bientôt disponible sur Sport et Société >>

Par Daniel Cyr
En 1978, l'écurie dominante fut l'affaire de la Lotus 79 à effet de sol, les fameuses jupes de Colin Chapman, conduite par l'américain Mario Andretti qui sera déclaré champion du monde au terme de la saison et également, par le très rapide pilote suédois Ronnie Peterson qui trouva la mort tragiquement lors d'un carambolage au départ du Grand Prix de Monza en Italie. Les Lotus noir et or, commanditées par la cigarette John Players Spécial remportèrent 8 des 16 courses du calendrier, en plus d'inscrire 4 doublés.
Le Grand Prix du Canada de 1978 fut l'un des plus beaux moments dans l'histoire du sport au Québec. Cette première course de Formule Un en sol québécois depuis 1970, était la toute dernière épreuve de l'année. Cette fin de semaine du 6, 7 et 8 octobre fut sans l'ombre d'un doute, la plus froide de toutes !
Le vendredi matin, sous un vent sibérien, les spectateurs complètement frigorifiés sont vêtus de manteaux d'hiver, de tuques, de foulards et de mitaines, ils attendent avec impatience la sortie des monoplaces de Formule Un. À dix heures du matin, les premières voitures F1 sortent des puits pour les premiers essais officiels ( il faut dire qu'à cette époque, il y avait plusieurs séances de qualifications, le vendredi et le samedi).
Il fait terriblement froid sur cette île Notre-Dame que j'ai de la difficulté à tenir ma caméra dans les mains, puis à ma grande surprise, je vois les premiers flocons de neige de la saison valser au gré du vent. Essayant de me frayer un chemin dans l'épaisse boue, je suis ébloui par la symphonie du fameux moteur de douze cylindres de la magnifique Ferrari 312 B. D'autant plus que l'une des monoplaces est conduite par un p'tit gars de chez nous … Gilles Villeneuve, un nom devenu aujourd'hui magique pour les gens d'ici.
Après avoir éclipsé outrageusement tous ses adversaires en Formule Atlantique, Gilles Villeneuve fit ses premiers pas en Formule Un. Sous les recommandations du champion du monde en titre, James Hunt, Teddy Mayer patron de chez McLaren lui demanda de venir disputer une course au Grand Prix d'Angleterre sur le circuit rapide de Silverstone, le 16 juillet 1977. Parti 9ième sur la grille de départ, Gilles Villeneuve au volant de la McLaren M23 terminera 11ième cette épreuve. Puis, un peu plus tard en fin de saison, il fut engagé par Enzo Ferrari qui voyait en lui, la grande vedette de demain.
Revenons maintenant à ce Grand Prix qui nous préoccupe: Montréal 1978. La dernière séance de qualification du samedi fut extraordinaire pour les yeux et bien sûr pour les oreilles. Le Français Jean-Pierre Jarrier venu prendre la place laissée vacante par la mort de Peterson chez Lotus, décrocha la pole position avec un temps de 1m 38.015, devançant de peu le sud-africain Jody Sheckter chez Wolf. Gilles Villeneuve offrit à ses milliers de supporteurs surcongelés, une superbe 3ième place sur la grille de départ, de quoi les réchauffer un tantinet.
Au départ…le feu rouge s'allume, un vrombissement assourdissant de moteurs résonne aux quatre coins de l'île, la tension est à son paroxysme, le feu vert est donné, dans un bruit étourdissant les monoplaces partent en trombe, la Lotus de Jarrier prend un excellent départ et creuse tour après tour, un écart des plus confortables entre lui et ses plus proches poursuivants. Au 25ième tour, la Lotus JPS de Jarrier possède plus de 30 secondes d'avance sur un Scheckter qui en a plein les bras avec un Villeneuve déterminé comme jamais à lui ravir sa place. Après maintes tentatives, il réussit à prendre la mesure sur le Sud-africain. Villeneuve est maintenant second mais trop loin pour penser rattraper Jarrier qui file droit vers une victoire facile.
Mais coup de théâtre! Au 49ième tour, la Lotus de Jarrier semble ralentir, une légère fumée bleue sort à l'arrière de son moteur, il doit s'arrêter à son puits où il ne pourra repartir, son moteur a trop surchauffé, il est K.O.
Les spectateurs n'en reviennent tout simplement pas, Gilles Villeneuve est maintenant le nouveau meneur de la course, sous les hurlements et les applaudissements de cette foule survoltée. La Ferrari numéro 12 s'approche inexorablement vers un rêve que même les grands scénaristes américains n'auraient pu écrire : gagner l'épreuve de Montréal devant ses milliers de fans. Gilles Villeneuve complète les 70 tours avec une moyenne de 160.41 km/h et reçoit contre toute attente le drapeau à damier. L'atmosphère est euphorique, l'émotion est à son comble, les gens heureux ne cessent de scander " Villeneuve ! Villeneuve ! Villeneuve ! " devenu maintenant leur héros. Le froid avait disparu totalement dans cette foule en liesse exprimant sa joie de façon incroyable au vainqueur. Gilles Villeneuve était agréablement surpris de recevoir autant d'éloges de la part du public. Les yeux mouillés, il salua ses supporters, une nouvelle légende était née.
Cette victoire de Gilles Villeneuve fut sa première et la plus belle de sa " trop " courte carrière. Suite à ce triomphe, l'engouement pour la Formule Un n'a cessé de croître au Québec, les gens sont tombés littéralement en amour avec ce sport en provenance des vieux pays. Malgré la mort de Gilles Villeneuve en 1982 et de l'annulation de la course en 1987, une passion et une ferveur indéfectible animent aujourd'hui les amateurs qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus connaisseurs à chaque Grand Prix.
Résultats du Grand-Prix du Canada 1978
1. G.Villeneuve Ferrari 1hr 57m 49.196sec
2. J. Scheckter Wolf 1hr 58m 02.569sec
3. C. Reutemann Ferrari 1hr 58m 08.604sec
4 . R. Patrese Arrows 1hr 58m 13.863sec
5. P. Depailler Tyrrell 1hr 58m 17.754sec
6. D. Daly Ensign 1hr 58m 43.672sec
Le tour le plus rapide
A. Jones Williams 1m 38.072s/165.174 km/h.
Photo: Programme souvenir du Grand Prix du Canada 1978. Coll. Daniel Cyr.
7 mai 2012
© Copyright Sport et Société