Le 2 septembre 1972 : Les Canadiens assistaient en direct
à la révolution du hockey sur glace
Par Serge Gaudreau
Pour les amateurs de science-fiction, « La guerre des mondes », née à la fin du XIXe siècle de l’imagination d’H.G. Wells, raconte l’histoire d’une invasion martienne qui commence avec l’écrasement d’un météorite dans le sud de l’Angleterre. Moins insolite, mais bien réelle, la guerre des mondes sur la glace remonte elle à 1954, année où les hockeyeurs du Canada et de l’Union soviétique (URSS) croisent le fer pour la première fois lors de compétitions internationales.
Studieux, les Camarades ne perdent pas de temps à se positionner avantageusement sur l’échiquier du hockey. Écartant du revers de la main les pions qui obstruent leur voie au sommet, ils s’emparent du roi canadien et de leur premier championnat mondial à Stockholm, le 7 mars 1954. Deux ans plus tard, ils récidivent à Cortina d’Ampezzo, en Italie, s’adjugeant cette fois la palme olympique à leur première tentative, le 4 février 1956 (1).
Monarque déchu dont l’humilité est testée par ce brusque revirement, le hockey canadien cherche à refaire le terrain perdu. Mais même après quelques conquêtes du titre mondial, ses dirigeants prennent conscience de l’urgence de s’adapter s’ils veulent coller à l’élite internationale qui fourbit ses armes. Après avoir été représentés par l’équipe championne de la coupe Allan, symbole de la suprématie au hockey senior, le Canada met sur pied en 1963 une équipe nationale, toujours composée d’amateurs.
L’initiative a des avantages. En dépit de l’acharnement de son instigateur, le père David Bauer, la formation canadienne demeure cependant incapable de tenir tête à l’URSS. Elle cède même le pas de plus en plus fréquemment à des pays comme la Tchécoslovaquie ou la Suède, dont les progrès se confirment au fil des compétitions.
Quelle place le Canada occupe-t-il
sur la scène internationale ?
Sans pertinence une décennie auparavant, la question se pose maintenant avec insistance. Tant que leurs professionnels ne peuvent se frotter à l’élite européenne, la réponse, que les Canadiens croient pourtant connaître, reste insaisissable.
Les professionnels à la rescousse
L’affaire prend un autre tournure en 1972, dans le contexte de la détente politique entre l’Est et l’Ouest. Après plusieurs tentatives infructueuses, Canadiens et Soviétiques s’entendent finalement pour s’affronter dans une série de huit parties mettant aux prises les meilleurs éléments de chaque pays (2). L’ère des « si » est terminée. Garde-fous de l’honneur national, les professionnels entrent dans l’arène investis d’une mission sacrée : réaffirmer à la face du monde que la suprématie canadienne n’a été affectée en rien par le soi-disant rattrapage des patineurs européens.
Le camp d’entraînement de l’équipe du Canada s’enclenche en août 1972. Hormis les parties d’étoiles, où l’on sépare les joueurs en deux camps, jamais on a vu un tel assemblage de vedettes. L’opinion publique a beau être critique envers ces professionnels richement payés – le défenseur Brad Park gagne 250 000 $ annuellement – , la presse salue l’attitude volontaire qu’ils manifestent à l’endroit de cette croisade pour restaurer la fierté de la nation.
Il y a évidemment une dimension commerciale à l’événement, mais les journaux s’y attardent somme toute assez peu, l’enjeu sportif de la Série du siècle éclipsant ses considérations mercantiles. Un répit apprécié par les amateurs alors que la lutte entre la Ligue nationale de hockey (LNH) et l’Association mondiale du hockey (AMH), qui commencera ses activités dans quelques semaines, occupe les gros titres. Car il ne faut pas se leurrer. De dollars et de cents il est bel et bien question à cette époque, et probablement davantage en 1972 qu’à aucun moment donné de l’histoire récente du hockey professionnel.
Sans tomber dans le sentimentalisme, les journalistes couvrant le camp sont unanimes à souligner l’entrain déployé par les joueurs. Avec un peu de sueur et quelques parties inter-équipes, ils croient même qu’ils seront rodés pour le premier match prévu le 2 septembre, au Forum de Montréal. De toute façon, avec des noms comme Phil Esposito, Yvan Cournoyer, Jean Ratelle et Ken Dryden, que pourrait-il arriver aux Canadiens?
Cet optimisme de bon aloi est tempéré par deux facteurs. D’abord, il y a l’absence de Bobby Orr, opéré au genou, et celle des meilleurs éléments de l’AMH, dont le flamboyant Bobby Hull, écartés d’Équipe Canada parce qu’ils ont signé un contrat avec le nouveau circuit.
Ensuite, il y a la crainte que cette collection de prima donna, issues de différentes formations, ne puisse trouver son souffle et sa coordination après seulement quelques semaines d’entraînement intensif. Cette dernière inquiétude a de sérieux fondements. Les Nord-Américains ne savent pas tout sur les Soviétiques. Mais les nombreuses parties que ceux-ci ont disputées à des équipes canadiennes ont appris aux dépisteurs à se méfier de la cohésion de leurs attaquants, une machine au mouvement perpétuel dont le carburant est un conditionnement physique de haut niveau.
Contrairement à une perception qui aura la vie dure après 1972, les Canadiens savent d’ailleurs assez bien à quoi s’en tenir avec leurs adversaires avant que la Série du siècle ne se mette en branle. Leur maîtrise des habiletés de base et leurs contre-attaques éclair sont analysées en détail par les observateurs qui, tout considéré, commettront deux erreurs majeures dans leur évaluation des forces en présence.
La première est de croire qu’avec Ken Dryden et Tony Esposito les Canadiens profitent d’un net avantage devant le filet. Jeune (20 ans), peu impressionnant à l’entraînement, le portier soviétique Vladislav Tretiak est en effet présenté comme une quantité négligeable que les tireurs d’élite du Canada ne devraient avoir aucune difficulté à exploiter. Ceux qui l’ont vu à l’oeuvre le 28 décembre 1969 dans une défaite de 9 à 3 contre le Canadien junior de Montréal, renforcé de quelques professionnels, se font un devoir de mentionner que Tretiak, qui n’a joué qu’en seconde moitié de partie, ne s’était guère distingué.
La deuxième erreur, la plus grave peut-être, est de croire que malgré leur brio collectif les porte-couleurs de l’URSS ne pourront imposer leur rythme à des professionnels. Que le fossé qui s’est creusé entre les Rouges et l’élite mondiale chez les amateurs en dit plus sur la faiblesse de leur opposition que sur la qualité des Soviétiques. Efficace contre les Suédois et les Finlandais, bien des gens pensent que le style de jeu de l’URSS sera vite déstabilisé par l’expérience des Canadiens, rompus à l’adversité de la meilleure ligue de hockey au monde.
Bref, le consensus semble être que,
quoi que l’URSS fasse,
la supériorité des Canadiens est encore trop grande
pour être vraiment menacée.
Ce n’est pas que les Soviétiques sont si mauvais. C’est seulement qu’ils n’ont jamais joué à ce niveau. Un jour peut-être.
Comme un couperet, le verdict des experts s’abat sur les chances de l’ennemi «venu pour apprendre», pour reprendre la célèbre formule. Ils gagneront un match. En annuleront peut-être un autre. Soyons magnanimes.
Rare note discordante – il y en a d’autres comme celle de John Robertson du Montreal Star – , Michel Blanchard de La Presse pronostique un résultat beaucoup plus serré : quatre victoires pour le Canada, trois pour l’URSS et une partie nulle (3). Est-ce qu’il s’agit d’un Cassandre de service qui ne cherche qu’à épater la galerie? Non. Identifiant le conditionnement physique et le jeu collectif comme les facteurs clés de la série, Blanchard livre à ses lecteurs une analyse juste dont la valeur grandira à mesure que la série progressera.
Samedi noir
Le hockey n’a rien connu de comparable à la Série du siècle. Le samedi 2 septembre, des millions d’amateurs, séparés par des milliers de kilomètres mais réunis par une passion commune, prennent place devant leur téléviseur pour partager cette expérience unique. Monument à la tradition du hockey canadien, le Forum de Montréal est plein à craquer. Même le premier ministre Pierre Elliott Trudeau s’est déplacé pour participer aux cérémonies protocolaires précédant la partie.
Remises de cadeaux, poignées de main : la guerre des mondes s’annonce comme un conflit civilisé. D’autant plus que les premières minutes se déroulent conformément aux espoirs de la foule partisane. Menés 2-0 après sept minutes de jeu, les Soviétiques, pauvres faire-valoir de cette célébration nationale, voient déjà un courant de sympathie se développer à leur endroit.
L’allure de la fête change rapidement. Les présentations faites, les invités ripostent deux fois avant la fin de l’engagement. Ces deux buts n’auraient peut-être suffi qu’à rassurer ceux qui craignaient que la partie ne dégénère en massacre. Si ce n’est pour une chose : parfaitement en contrôle de leurs moyens, les Rouges – aux uniformes blancs – se passent habilement la rondelle et ne semblent aucunement incommodés par la stature, l’expérience ou le prestige de leurs rivaux.
C’est plutôt le contraire qui se produit. C’est l’arme de prédilection des Soviétiques, la vitesse, qui garde les locaux sur les talons. Au deuxième tiers, le numéro 17 de l’URSS, Valeri Kharlamov, stupéfait les amateurs en marquant deux fois au terme de percées spectaculaires. Prétexte à une multitude de jeux de mots, comme celui de plusieurs de ses coéquipiers, le nom du rapide ailier gauche sera sur les lèvres de tous les spectateurs à l’entracte. Mais cette fois, c’est pour louer ses accélérations enivrantes.
Le style des visiteurs est d’ailleurs goûté par le public montréalais. Un public déboussolé par la trame qui se développe, mais pas au point de cautionner les gestes de frustration que les siens posent à mesure que la partie avance. Pour ceux qui considèrent que cette série oppose plus que deux équipes, qu’elle est le reflet de deux systèmes, deux philosophies de vie, la soirée du 2 septembre constitue une expérience éprouvante. Les Soviétiques ne sont pas des anges. Mais entre le modèle de « l’homme socialiste » qu’ils offrent à la face du monde et celui de « l’homme capitaliste » que les Canadiens présentent à leurs partisans, il y a peu à choisir.
Confus,cherchant de toutes les façons à ralentir ces démons
qui semblent partout à la fois,les Canadiens paraissent mal.
Très mal.
À quelques occasions, certains d’entre eux recourent vainement à la rudesse, une réaction peu éloquente à la situation dont les motivations n’échappent à personne.
La leçon semble déjà cruelle quand, avec sept minutes à faire au match, les locaux subissent un dernier affront. En cinq minutes, Boris Mikhailov, Eugeny Zimin et Alexander Yakushev achèvent de détruire, de déchiqueter, de réduire à néant le mythe d’invincibilité des Canadiens. Vaincus 7-3, ces derniers retraitent au vestiaire sans serrer la main de leurs vainqueurs, un écueil qui ajoute à la perplexité du public montréalais.
Les joueurs du Canada seront jugés sévèrement pour leur performance et leur comportement du 2 septembre. Plus que la rage ou la colère, c’est cependant la stupeur qui caractérise l’état d’esprit de leurs compatriotes en ce difficile lendemain de veille. Symbole de ce qu’ils font de mieux, le hockey est pour eux une source de fierté telle qu’ils ont pris individuellement, comme une injure personnelle, la dégelée de leurs représentants.
Aussi, le dimanche 3 septembre est vécu comme une journée de deuil national. Autour des kiosques à journaux, sur les perrons d’église, la conversation revient invariablement sur le choc de la veille. Qu’est-il arrivé? Comment ces Russes peuvent-ils être aussi bons? Et nous si mauvais? Un pays entier est ébranlé dans une des convictions que ses citoyens sont unanimes à partager.
Deux semaines avant le début de la série, l’entraîneur adjoint Boris Kulagin confiait aux journalistes canadiens : Si nous perdons, nous aurons au moins l’opportunité de modifier notre style de jeu et d’apporter les corrections qui s’imposent. Mais si l’équipe canadienne perd, qu’adviendra-t-il alors (4)?
Prise avec un grain de sel en août, cette question reste en suspens le 4 septembre alors que la presse fait le bilan de la déroute du Samedi noir. Le hockey professionnel doit être repensé. Sentiment de honte et de frustration (5). The night they buried a myth forever (6). Au banc des accusés, la philosophie du hockey canadien est radicalement remise en question. Avec une certaine équité, une partie des reproches adressés aux joueurs est dirigée à l’endroit du système qui les a formés, un système archaïque, sclérosé, dont les chantres ont aussi une responsabilité dans la débandade du 2 septembre. Et dans celle qui se prépare.
Car nombreux sont ceux qui pensent que le pire est encore à venir. Partis de l’idée qu’indépendamment de ce que les Soviétiques vont faire les Canadiens feront mieux, des analystes écrivent maintenant que c’est le contraire qui est vrai. Oubliez l’absence de Bobby Orr et Bobby Hull, les changements de trios ou de gardiens de but : si l’URSS continue de jouer comme elle l’a fait au Forum, les hommes d’Harry Sinden devront se contenter de limiter les dégâts.
Cette perception subsistera même après le match suivant, une victoire du Canada par le compte de 4-1 à Toronto. La crainte de voir l’URSS éclater à tout moment restera maintenant gravée dans l’esprit des Canadiens à chaque fois que les leurs se retrouveront sur la même glace que la Grosse Machine rouge.
À l’heure du hockey international
Le reste de la Série du siècle appartient à l’histoire. Pendant les trois semaines qui suivent, les Canadiens passent par toutes les émotions, les six parties qui restent défilant comme des montagnes russes qui les amènent des abysses du désespoir, une défaite déprimante de 5-3 à Vancouver, au faîte du bonheur, la victoire finale de 6-5 avec 34 secondes à faire dans la partie décisive.
De cette confrontation homérique, les amateurs retiendront plusieurs images mémorables. Les arrêts prodigieux de Tretiak. La vitesse de Kharlamov. L’opportunisme de Yakushev. Le regard de pierre de Mikhailov.
Ils se rappelleront que le sort des Canadiens n’a souvent tenu qu’à un « Phil », Esposito de son nom. Gesticulant, parlementant, menaçant, mais guidant les siens d’une flamme qui embrase l’aréna Luzhniki de Moscou, celui-ci joue, de l’avis de plusieurs, le hockey le plus inspiré de sa carrière. Ils se souviendront aussi de Paul Henderson, le héros inattendu qui, de sa palette magique, va faire vibrer tout un pays comme aucun artiste ou politicien ne l’a fait avant lui.
Enfin, dans les recoins de leur mémoire, les téléspectateurs canadiens garderont une place de choix pour les quatre derniers matchs disputés à Moscou. Pour cette bizarre impression d’assister à une guerre en sol étranger et de n’être reliés au théâtre des opérations que par les voix de René Lecavalier et Foster Hewitt.
Afin d’assister en direct à ces reportages de la planète rouge, les Canadiens doivent se libérer l’après-midi, ce qui perturbe le fonctionnement des usines, des bureaux et même des écoles. L’expérience en vaut toutefois la peine.
En effet, c’était déjà inhabituel de s’accoutumer à ces échanges de cadeaux d’avant partie, à ces joueurs casqués et à ces arrêts du jeu à dix minutes de la troisième période pour permettre aux deux équipes de changer d’extrémité. Mais voilà maintenant qu’on se retrouve à Moscou avec des publicités sur les bandes, un grillage servant de baie vitrée et des zones de gardien de but en forme de demi-cercle. Et puis, qu’est-ce que c’est que cette patinoire plus large de 12 pieds et ce public inculte qui siffle pour exprimer sa désapprobation?
Les Canadiens se souviendront de beaucoup de choses. Ils essaieront d’en oublier d’autres aussi. Le vent de panique qui souffle sur leur équipe. La décision de quatre joueurs de quitter l’équipe en URSS et de rentrer au pays en pleine série. Le coup de hache de Bobby Clarke sur la cheville de Kharlamov, un geste planifié relevant davantage du calcul que de la frustration. Les verdicts imprévisibles des arbitres européens, engagés dans d’interminables palabres avec des Canadiens au bord du point d’ébullition. La diplomatie bien particulière de ces derniers, imagée par une gestuelle plutôt explicite, parfois vulgaire, rarement efficace.
L’attitude de nos diplomates édentés – peut-on parler d’Ugly Canadians? – , n’a pas toujours été de nature à leur attirer le respect de ceux qui ont suivi la Série du siècle.
Leur victoire du 28 septembre demeure néanmoins un moment d’une intensité unique, qui n’a aucun équivalent dans l’histoire du hockey. Après avoir bataillé comme des forcenés pour niveler la série avant le dernier match à Moscou, les Canadiens se rallient une fois de plus pour effacer un déficit de deux buts et se sauver in extremis avec les honneurs de la guerre, sur la marque victorieuse de Henderson.
Fortes les émotions de ce 28 septembre 1972? Tous le reconnaîtront. Des 3 000 Canadiens qui font trembler sous leurs encouragements les gradins de l’aréna Luzhniki, à la centaine d’élèves et de professeurs entassés dans le gymnase de l’école Brassard, à Magog, obstruant la vue d’un diminutif écolier de quatrième année et le privant de voir, en direct, le « but du siècle ».
Je devrai attendre la reprise du soir pour apprécier moi aussi le dénouement invraisemblable de ce fatidique huitième match. Mais je pourrai toujours dire qu’à défaut de l’avoir vu, j’ai «entendu » le but historique de Paul Henderson. Et la réaction qu’il a suscitée. Un cri libérateur, fait de joie et de soulagement. Le cri de tout un pays, sorti d’un mauvais rêve et trop heureux de renouer avec la réalité. « Sa » réalité.
Avec cette victoire, la perspective change quelque peu, l’euphorie du 28 septembre éclipsant temporairement la déconfiture du 2. Le courage, le patriotisme, la force de l’individualisme : pour les uns, ils demeurent les piliers de la réussite canadienne.
Plusieurs des analyses consacrées à la série de 1972 tendent toutefois à y voir des digues bien fragiles devant le torrent qui risque de submerger notre hockey s’il ne prend pas un virage marqué. Une fois la série terminée et la poussière retombée, l’évidence se dégage. Bouc-émissaires de nos insuccès, particulièrement lors des parties disputées au Canada, nos joueurs n’ont fait qu’exécuter ce qu’on leur a enseigné.
Il s’en trouve même pour déplorer la victoire du Canada, pour craindre que la victoire ne nous replonge dans un sommeil comateux, nous faisant oublier la proximité du gouffre dans lequel nous sommes venus à quelques centimètres de basculer.
Comme les confrontations subséquentes vont le démontrer, l’équilibre entre le Canada et l’URSS est bel et bien un fait accompli. En fait, il est presque impossible de dire de quel côté il penche. Victorieux des étoiles de l’AMH (17 septembre au 6 octobre 1974) et de la plupart des équipes de la LNH qu’ils affrontent au cours d’une tournée nord-américaine (28 décembre 1975 au 11 janvier 1976), les meilleurs patineurs de l’URSS ne sont ralentis qu’au prix d’efforts exceptionnels.
On peut penser par exemple au match du 31 décembre 1975, alors que Tretiak brille de tous ses feux pour permettre aux siens d’arracher une nulle au Canadien, au Forum. Ou à la coupe Canada de 1976, alors que les meilleures formations européennes sont embouteillées par la défensive du Canada, une des plus hermétiques jamais réunie sur la scène internationale (2 au 15 septembre 1976).
Tout cela est bien, mais « Jamais comme la première fois (7) », comme l’écrit Gilles Terroux en 1976. De fait, avec la répétition de ces lucratives rencontres internationales commence à se développer une certaine familiarité. Entre les joueurs. Avec les amateurs. Et avec l’ascension des Suédois, Tchécoslovaques, Finlandais et Américains, se dessine le vague espoir que, comme les autres sports, le hockey possédera, lui aussi, un championnat du monde digne de ce nom.
En attendant, le hockey international continue de faire battre le coeur des Canadiens. Se faisant l’écho d’athlètes comme Ken Dryden et Serge Savard, détenteurs de coupes Stanley qui décrivent la série de 1972 comme le point saillant de leur carrière, les nouvelles vedettes de la LNH rêvent à leur tour de prendre la mesure des Soviétiques. Cette intensité fait le régal des amateurs qui ne demandent qu’à revivre les émotions de 1972 et à oublier la monotonie des interminables saisons régulières de la LNH.
Les autres pays peuvent aller et venir. Mais quand vient le temps pour le Canada de régler ses comptes avec l’URSS, la passion est garantie. Mains moites, sueur au front, c’est avec consternation que les Canadiens apprennent à composer avec la défaite. Piétinés à la coupe Défi (8 au 11 février 1979) puis à la coupe Canada (1er au 13 septembre 1981), ceux-ci doivent tirer les enseignements de leurs échecs s’ils veulent éviter d’être une fois pour toutes dépassés par les événements.
Les Soviétiques ont fait leur bout de chemin. Les Canadiens feront le leur.
Sport et Société remercie Serge Gaudreau pour sa collaboration.
Photos Photo 1: La victoire qu'a remportée l'équipe canadienne sur les Soviétiques en 1955 pour le championnat du monde a été une revanche de la défaite humiliante de 7 à 2 qu'elle avait subie l'année précédente.
Source: Bibliothèque et Archives Canada/PA-093946.
Photo 2: Yvan Cournoyer.
Source: amazon.com.
Photo 3: Le gardien Ken Dryden.
Source: www.canada.com.
Photo 4: Montréal-Matin, 3 septembre 1972, p. 54-55.
Source: Bibliothèque et Archives Canada. Gobeil, Pierre. «L'URSS détruit le mythe de la suprématie du Canada au hockey». [3 septembre 1972] -- [microforme] -- Montréal : Société canadienne du microfilm = Canadian Microfilming Co., [19--]- -- bobines de microfilm : ill. ; 35 mm. -- ISSN 1490-9219 -- P. 54-55.
Photo 5: Phil Esposito et Vladislav Tretiak.
Source: swisshabs.blogspot.ca.
Photo 6: Logo de la Coupe Canada 1976.
Source: wikipedia.com.
Notes
(1) Sur la rivalité Canada-URSS, voir entre autres Scott Young, War on Ice: Canada in International Hockey, Toronto, McClelland and Stewart, 1976, 250 pages.
(2) Parmi les nombreux ouvrages consacrés à la Série du siècle, soulignons : Ken Dryden et Mark Mulvoy, Face-off at the Summit, Toronto, Little, Brown and Co., 1973, 209 pages et Simon Richard, La Série du siècle, Montréal, Hurtubise HMH, 2002, 341 pages.
(3) La Presse, 2 septembre 1972, p.B1.
(4) La Presse, 18 août 1972, p.B1.
(5) La Presse, 4 septembre 1972, p.B2.
(6) The Gazette, 4 septembre 1972, p.15.
(7) Tournoi mondial de hockey au Canada, Éd. Gilles Morin-Fax Publishing Inc., 1976, p.36.