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En juin 1971: Dionne et Lafleur, grands crus d'une cuvée historique (2).

Sport et Société est fier de compter Serge Gaudreau parmi ses fidèles collaborateurs. Dans le cadre de la série sur l'histoire du hockey à Québec, notre ami historien se penche sur le repéchâge de juin 1971 de la Ligue nationale de hockey. À cette époque, un certain Guy Lafleur était la vedette des Remparts de Québec qui avaient remportés la coupe Memorial.

Ce texte vous est présenté en deux parties:

Une rupture décisive
L'apogée du French Power (vous êtes ici)


L’apogée du French Power
Par Serge Gaudreau

Encore plus significatif est le fait que cette classe de 1971 s’ajoute à un groupe aguerri de joueurs québécois qui atteint son apex au milieu des années 1970. Après la Chambre des communes, la LNH et l’Association mondiale de hockey (AMH) vivent à leur tour à l’heure du French Power !

Les chiffres sont pour le moins révélateurs. De 1974-75 à 1978-1979, on retrouve en moyenne 5 Québécois parmi les 10 meilleurs pointeurs de la LNH, du jamais-vu. Pendant la même période, ils occupent 26 des 60 postes disponibles sur les deux équipes d’étoiles, un ratio impressionnant qui frise la parité avec le reste du Canada – 26 sur 55 (47,3%) – si l’on considère que le Suédois Borje Salming figure dans ce club sélect à 5 reprises. Cette manne se compare à celle de la grande époque du Canadien – 45 nominations sur 96 entre 1955 et 1962 – , à la différence que, cette fois, le talent québécois est disséminé à travers le circuit au lieu d’être essentiellement concentré à Montréal.

Cette dispersion a probablement eu pour effet de minimiser l’impact de ce phénomène auquel participe l’AMH qui compte, elle aussi, sur un important contingent québécois. Toujours de 1974-75 à 1978-79, celui-ci fait sa marque dans la colonne des pointeurs. Un de ses membres en domine le classement à chaque année (André Lacroix, 1975, Marc Tardif, 1976 et 1978, Réal Cloutier, 1977 et 1979). En tenant compte de la présence répétée de Suédois et d’Américains sur la liste des 10 meilleurs compteurs, on constate aussi que, comme dans la LNH, les Québécois y sont légion, se comparant en nombre avec les hockeyeurs du reste du Canada.

Les saisons qui suivent la fusion de 1979 seront caractérisées par un léger fléchissement de la représentation québécoise au sein des 10 meilleurs pointeurs ou des équipes d’étoiles. Mais la véritable transition à ce niveau s’effectuera au début des années 1990. On constate alors, et depuis, une présence de plus en plus discrète des Flying Frenchmen dans la colonne des marqueurs, là où, par le passé, ils avaient l’habitude de laisser leur trace.

Une hypothétique équipe Québec
Un des moments forts de cette remarquable cohorte est le printemps 1977, alors que le Canadien et les Nordiques s’imposent comme la classe de leurs circuits respectifs. Un autre fait saillant est la représentation québécoise sur la formation défendant nos couleurs lors de la coupe Canada 1976. Sur les 25 joueurs, 9 sont du Québec : Lafleur, Perreault, Dionne, Martin, les défenseurs Serge Savard, Guy Lapointe, Denis Potvin et Carol Vadnais, ainsi que le gardien Rogatien Vachon. Sans parler de l’entraîneur Scotty Bowman. Il s’agit du plus fort pourcentage de Québécois au sein d’équipes canadiennes relevé lors de tournois majeurs comme la coupe Canada, la Coupe du monde ou les Jeux olympiques.

Ce qui est déjà pas mal. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Car ce qui étonne le plus avec le recul, c’est la richesse et la diversité du talent québécois évoluant dans le hockey professionnel à ce moment. À une unité défensive déjà forte des 4 joueurs mentionnés précédemment, on pourrait par exemple greffer Guèvremont et le vétéran Jean-Claude Tremblay. Derrière Vachon, on retrouve aussi de solides portiers comme Bernard Parent, Gilles Meloche, Michel Larocque ou Daniel Bouchard.

Au niveau de la profondeur, la palme revient cependant à la force de frappe offensive des patineurs québécois. En ne retenant que les joueurs ayant terminé parmi les 10 meilleurs pointeurs de la LNH ou de l’AMH en 1975 ou en 1976, on arrive à une liste de 11 attaquants susceptibles d’épauler les 4 retenus pour la coupe Canada : Serge Bernier, Christian Bordeleau, Réal Cloutier, Rodrigue Gilbert, Réjean Houle, André Lacroix, Pierre Larouche, Jean Pronovost, Jean Ratelle, René Robert et Marc Tardif. On retrouve là l’embryon d’une formation exceptionnelle, rapide et expérimentée, qui profiterait également de la présence de gagnants éprouvés comme Yvan Cournoyer, Dave Keon et Jacques Lemaire, ou d’un Yvon Lambert, auteur de 32 buts en 1975 et 1976, capable de colmater l’aile gauche.

L’évocation d’une chimérique équipe Québec, version 1976, ne manque pas de faire rêver. Est-ce faire preuve de chauvinisme, ou de nostalgie mal placée, que d’affirmer qu’elle aurait été une des quatre favorites avec le Canada, l’Union soviétique et la Tchécoslovaquie, pour remporter la première coupe Canada ?

On pourrait en tout cas argumenter que jamais il n’y a eu autant de bons hockeyeurs québécois. Tirer des conclusions plus larges de cet épisode serait cependant hasardeux. Faut-il y voir le fruit d’un système de développement plus adéquat ? La conséquence d’une conjoncture particulière, heureuse, mais sans explication particulière ? Une chose est sûre : avec le temps, et l’arrivée de l’élite américaine et européenne au sein de la LNH, la « pêche » mémorable de 1971 apparaît plus que jamais comme un événement singulier, nous rappelant cette époque révolue où l’élément francophone constituait encore une composante importante de l’identité du hockey professionnel. 

Photos:
Logo de l'Association mondiale de hockey
Source: http://www.prohockeyfr.com/photogallery/WHA/Whalogo1.jpg

Marcel Dionne à la une du magazine Maclean's: 
Source: http://4.bp.blogspot.com/_TwAbZhMGVEw/SioCHhKF2_I/AAAAAAAAHyU/_615btPhaUw/s320/dionne3.jpg

Guy Lafleur
Source: http://www.posters.ws/images/358760/guy_lafleur_photofile.jpg

Sport et Société remercie Serge Gaudreau pour sa collaboration.

14 octobre 2011


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