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Les courses de chevaux à Saint-Pie de Bagot

Paul Foisy est vice-président du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe. Il collabore régulièrement au journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe où il traite de l'histoire sportive maskoutaine. Il est l'éditeur du site internet et des cahiers d'histoire Sport et Société. Chargé de projets web du Panthéon des sports du Québec pendant quelques années, il est également rédacteur pour l'Encyclopédie canadienne.


Par Paul Foisy

Dans le Québec d’autrefois, bien avant la naissance de moyens de transport rapides et confortables, la place occupée par le cheval dans la vie quotidienne est considérable. Bien au-delà de ses fonctions utilitaires, il devient sujet de fierté pour l’habitant qui se targue de posséder la plus fringante monture. C’est l’époque des courses traditionnelles, exécutées spontanément au fil des déplacements : il est alors d’usage de demander poliment le passage. Si le voyeur pressé omet d’en faire la demande, une course folle s’ensuit afin de satisfaire l’orgueil des deux conducteurs. Il faut voir dans ce trait psychologique profond, une des raisons qui explique le formidable développement des courses sportives au sein de la société canadienne au XIXe siècle.

D’origine britannique, le sport des rois apparaît dans la ville de Québec en 1808. Quelques années plus tard, en 1820, des courses de chevaux sont organisées à Montréal. Par la suite, le développement et la diffusion de cette pratique sportive s’accentuent autour des localités de Québec, Montréal et Saint-Hyacinthe. « Entre les années 1850 et 1870, c’est la petite ville de Saint-Hyacinthe qui est la préférée des turfmen. » (1) Maurice Laframboise, qui est responsable des intérêts de la Seigneurie Dessaulles, aménage un rond de course sur ses terres en 1847. Quelques années plus tard, en 1857 et en 1860, il obtient du Gouverneur Général la tenue du Queen’s Plate, l’épreuve la plus prestigieuse du Dominion !

Les courses de chevaux à Saint-Pie
À Saint-Pie, emporté par l’enthousiasme et les succès des Maskoutains, on organise pour la première fois des courses au trot sur la glace, près du village, les 8 et 9 mars 1858. Le 6 juillet de la même année, Ambroise Cusson, surnommé Job, loue de J. Bte Joannes Ducharme, pour une période de 19 ans, un chemin de course rond qu’il est à construire sur les terres de ce dernier. Le 20 et 21 septembre suivant, Cusson présente son premier programme de courses en spécifiant que les courses auront lieu si le temps et les chemins le permettent, car les moyens de communications sont très limités à l’époque.

Dans le village de Saint-Pie, comme partout dans le Québec d’hier, les courses de chevaux répondent à un besoin de sociabilité, mais elles jouent également un rôle important sur le plan économique. « Les courses, […] sont réellement une exposition où les cultivateurs ont l’avantage de vendre leurs chevaux, et le plus souvent, transigent très avantageusement, surtout avec les américains » de noter le rédacteur de La Minerve, le 24 février 1851. Au-delà des pertes et gains réalisés par les parieurs sur les champs de courses, les propriétaires de chevaux de Saint-Pie et de la région, remportent quelques dollars lorsque leurs trotteurs franchissent le fil d’arrivée en bonne position. Il ne faut pas sous-estimer également les revenus provenant de l’élevage, de l’accouplement et de la vente d’un bon cheval. D’ailleurs, en octobre 1859, les chevaux de MM. Alfred Beauchemin, N. Bonnière et A. Ouimet, tous de Saint-Pie, obtiennent plusieurs prix lors de l’exhibition de la Société d’Agriculture du Comté de Bagot.

Un nouveau rond de course
Entre 1858 et 1860, on tient des compétitions sur la glace et sur le rond de course de M. Cusson. Après cette première période d’activité, les journaux consultés font mention de courses sur glace en 1868 et 1872. En octobre 1880, le marchand Euclide Roy achète les terres sur lesquelles il aménage un rond de course. S’agit-il de la même piste qu’autrefois ? Dans un résumé des courses au trot de Saint-Pie, publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe, le 25 juillet 1885, il est question du « nouveau rond du club de course de St-Pie, près de la station du chemin de fer du Sud-Est ».

Comme le soulève l’historien Guay,
la proximité de la voie ferrée joue un rôle important
dans le développement des courses hippiques.

À cet égard, Saint-Pie est choyé, tout comme les hippodromes de Montréal, Lachine et Belœil. (2)

Une longue tradition de course de chevaux
C’est avec l’utilisation du nouveau rond pour une première fois, le 16 et 17 juillet 1885, que débute véritablement la grande tradition des courses de chevaux à Saint-Pie. Lors de la première journée, plus de 600 spectateurs assistent aux épreuves. Les propriétaires de chevaux proviennent de Saint-Hyacinthe, Sorel, Belœil, Saint-Pie, Saint-Damase et Milton. Les gagnants se partagent plus de 200 dollars attribués aux trois premiers des six courses présentées. Parmi les participants de Saint-Pie, le cheval Cock, de M. Edouard Bousquet, termine troisième lors de la 4e course ainsi que lors de la course pour toute catégorie (free for all). Les gains de M. Bousquet se chiffrent alors à 14.00$. Lors de course de chevaux de boghei, Bayard de M. Octave Désautels franchi le fil d’arrivée en première position tout juste devant Belley de M. J.-B. Tétreault.

Le succès remporté en juillet est tel que les organisateurs récidivent quelques semaines plus tard à la fin septembre. Même si le mauvais temps compromet les épreuves de la deuxième journée, on se passe le mot chez les propriétaires de chevaux. Dès lors, ils proviennent de différentes parties de la province et quelques-uns s’amènent des États-Unis, car les grandes courses de Saint-Pie sont bien « exécutées et réglées » et le tout se déroule dans l’ordre, sans incident fâcheux. Elles attirent de nombreux spectateurs qui se rendent à Saint-Pie par la route et le chemin de fer, mais également à bord des bateaux à vapeurs Yamaska et Aigle. (3)

Pendant quelques années, on organise des compétitions deux fois l’an. Puis en 1902, pour la première fois, les courses sont présentées au milieu du mois d’août. Plus tard, au début des années 1920, même si les courses se déroulent à la fin juillet à l’occasion, on adopte principalement le début du mois d’août pour présenter le programme de course.

En 1907, les propriétaires d’hippodromes de la région se réunissent afin de former une association en vue d’adopter une réglementation uniforme et élaborer un calendrier. On observe alors les règles de la National Trotting Association. À compter de 1926, l’hippodrome de Saint-Pie fait partie du Circuit de la Vallée du Saint-Laurent qui compte également les localités de Valleyfield, Trois-Rivières, Sherbrooke, Québec et Sainte-Scholastique. Le programme de Saint-Pie étant le premier au calendrier, les propriétaires de chevaux s’y rendent quelques semaines à l’avance afin de parfaire l’entraînement de leurs chevaux. Les installations de l’hippodrome sont quelquefois insuffisantes, car la capacité d’accueil est d’une centaine de chevaux. On requiert alors les écuries disponibles dans le village. La popularité des courses de 1928 démontre la grande effervescence qui se déroule dans le village à cette occasion.

Cette année-là, entre 125 et 150 chevaux participent au programme qui se déroule sur trois jours. Les gagnants des neuf épreuves se partagent des bourses de plus de 4 100.00$, ce qui constitue un montant total jamais égalé à l’hippodrome de Saint-Pie.

Notes
(1) GUAY, Donald. Histoire des courses de chevaux au Québec, Montréal, VLB, 1985, p. 39.
(2) GUAY, Donald. Histoire des courses de chevaux au Québec, Montréal, VLB, 1985, p. 114.
(3) Le Courrier de Saint-Hyacinthe, le 15 août 1889.

Photo 1
Publicité dans un journal pour les courses de chevaux de Saint-Hyacinthe et Saint-Pie. 
Source non-identifiée. Coll. Paul Foisy.

Photo 2
Une publicité pour un programme de course du Bel-Air Jockey Club. La Patrie 30 juin 1893, p.4.

25 février 2012


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